This time let me alone
Seule face à mon mutisme blanc et intolérable.
Le temps ne s'est pas arrêté, il a vraiment disparu.
Seule en rendez-vous avec la page blanche.
L'inspiration me quitte, l'inspiration m'a quitté.
Peut-être n'étais-je pas à la hauteur jusque là.
Alors je demande à l'inspiration de foudroyer mon c½ur.
De bercer mes rêves, de traverser les méandres de mes pensées.
Je veux devenir l'inspiration, éclairer l'esprit embrumé d'un artiste.
Si je ne peux plus écrire, je veux pouvoir pousser la plume d'un autre.
Je veux être la muse dans l'esprit torturé d'un poète où d'un peintre.
Sentir la créativité et la nouveauté dans le c½ur de quelqu'un.
Pouvoir savoir ce que ressentent les autres quand l'inspiration les berce.
Je veux au creux de mon ventre cette chaleur quand elle arrive.
Sentir ma main attraper un stylo et le faire glisser sur une feuille.
Pouvoir encore sentir les lettres se dessiner sous mes pensées.
Les arrondis du o, les courbes du s, la raideur du i, la souplesse du g.
Je veux devenir l'alphabet pour me nourrir de mots et de phrases.
M'épanouir en paragraphe, en texte, en thèse ou bien en roman.
Finir ma vie dans la bouche d'un homme, où dans les pensées d'un autre.
Avoir l'inspiration pour mère, l'écriture pour père et le stylo pour frère.
Je veux avoir des consonnes et des voyelles comme meilleures amies.
Mes loisirs seraient la conjugaison, l'orthographe et la grammaire.
Je n'aurais que deux seuls ennemis, la page blanche et la gomme.
Mais this time let me alone, il paraît qu'il n'est pas trop tard.
Il me reste encore le langage des signes, mais c'est tellement fade.
La saveur des lettres me manque, je ne pourrai jamais m'en passer.
Sentir mes yeux glisser, tourner, balayer une page remplit de mots.
Il n'y a pas de contact violent, c'est un refuge lettré et conjugué.
Tout est pesé, la syntaxe est parfaite, comme la nature.
Des immenses arbres dont les fruits sont des idées, des messages.
Arborescence d'histoires de fiction, d'amour, d'horreur ou d'honneur.
Le silence tombe, et le grattement d'un stylo sur une feuille le brise.
Les bruits importuns disparaissent à la concentration d'une lecture.
Le c½ur se serre devant un mot d'amour, devant une vérité affligeante.
Si je n'ai plus d'inspiration, je veux que le temps me soit rendu.
Il peux bien disparaitre de toute façon parce, quand j'écris, je n'existe plus.
Je deviens l'inspiration même, source et déesse de mon âme.
This time let me alone, mais je lui pardonne.
Virginie ©